Ce site personnel, construit pour le simple plaisir d'apprendre, sera utile aux amoureux d'aujourd hui et de demain de la Sardaigne, cette île centrale de la Méditerranée, berceau de tant de grandes civilisations. Je le dédie à tous les passionnés des livres que l'on referme avec plus de questions que de réponses, enfin il peut intéresser ceux qui comme moi essaient de pratiquer la libre pensée sans aucune limite fixée par d'autres qu'ils s'appellent parti, famille, religion ou patrie, avec comme seule contrainte, le respect de l'autre et de sa différence.

... ils se souviennent, au mois de mai, d'un sang rouge et noir, d'une révolution manquée qui faillit renverser l'histoire. Je me souviens surtout de ces moutons effrayés par la liberté s'en allant voter par millions pour l'ordre et la sécurité ...

  • Je lui demandais des comptes, on ne doit jamais le faire entre ceux qui sont en amour. Il n'existe ni trahi ni traître, ni juste, ni impie, l'amour existe tant qu'il dure et la ville tant qu'elle ne s'écroule pas. Puis il existe les bagages et on redevient réfugié, sans l'excuse de la malédiction d'une guerre, sans un malheur à partager avec d'autres.

    Erri De Luca, Le contraire de un

  • Je sens des abeilles dans mon sang, un ours dans mon coeur, chaque battement est une patte qui démolit la ruche. Elle me donne sa main et moi je sais que je ne la lui rendrai plus.

    Erri De Luca - Trois chevaux

  • < 1930, sur un bac traversant un bras du Mékong, un chinois richissime s'approche d'une petite blanche de quinze ans qu'il va aimer >
    - extraits -
    ...
    Il n'y avait pas à attirer le désir. Il était dans celle qui le provoquait ou il n'existait pas. Il était déjà là dès le premier regard ou bien il n'avait jamais existé. Il était l'intelligence immédiate du rapport de sexualité ou bien il n'était rien.
    ...
    Son dernier espoir s'en allait. Il le lui ( au père ) avait demandé. Il l'avait supplié de le laisser me garder encore avec lui contre son corps, il lui avait dit qu'il devait le comprendre, qu'il devait lui-même avoir vécu au moins une fois une passion comme celle-ci au cours de sa longue vie, que c'était impossible qu'il en ait été autrement, il l'avait prié de lui permettre de vivre à son tour, une fois, une passion pareille, cette folie-là, cet amour fou de la petite fille blanche, il lui avait demandé de lui laisser le temps de l'aimer encore avant de la renvoyer en France, de la lui laisser encore, encore un an peut-être, parce que ce n'était pas possible pour lui de laisser déjà cet amour, il était trop nouveau, encore trop fort, encore trop dans sa violence naissante, que c'était trop affreux encore de séparer de son corps, d'autant, il le savait bien, lui, le père, que cela ne se reproduirait plus. Le père lui avait répété qu'il préférait le voir mort.

    Marguerite Duras - L'amant

  • Amis du Bien ! Hommes de coeur et d'esprit ! Gens de la Bonté, de l'écoute et du Don ! Passants entre les mains de l'éternel ! Vous qui aimez regarder de l'autre côté de l'horizon, vous qui penchez la tête pour entendre les bruits du monde, vous qui prenez des chemins de traverse pour éviter d'être pris dans les filets de celle qui nous aime tous au point de nous donner tout pour nous le retirer en une fraction de seconde, ô mes amis, sachez qu'il restera toujours une histoire à conter pour voiler le temps qui passe, une histoire à dire dans l'oreiller d'un mourant, un conte à inventer pour aider chacun à revenir à soi, car où que nous allions, quoi que nous fassions, le bonheur est là, à portée de main, sous notre regard, le bonheur est simple, c'est apprendre à se contenter de ce que le jour apporte à la nuit, avoir la santé du corps et de l'esprit et savoir que la clé du trésor est là, dans notre cage thoracique, là où le coeur bat, où les poumons respirent, là où notre sang circule. Le bonheur !

    Tahar Ben Jelloun - La nuit de l'erreur

  • Elle est partie.
    Je n'ai rien demandé, mais j'ai dû me réhabituer à vivre avec le silence. La nuit quand le vent soufflait, on l'écoutait à deux. Seul, il ne fait plus la même musique.

    Marc Levy - Les enfants de la liberté

  • Tanios m'a dit : "j'ai connu une femme. Je ne parle pas sa langue et elle ne parle pas la mienne, mais là-bas tout en haut de l'escalier, elle m'attend. Un jour, je reviendrai frapper à sa porte pour lui dire que notre bateau s'apprête à partir".

    Nader - La sagesse du muletier

  • On s'est quitté devant la barrière du contrôle, elle et moi. On cherchait des mots d'adieu, on était là à se regarder bêtement dans la foule pressée, les mains dans les mains, pour retarder le moment, ou rattraper le retard. Tout ce qu'on ne s'était pas dit passait dans nos yeux, tous les malentendus, les regrets, les joies, l'essentiel et les petites choses. Et puis, au moment où il fallait vraiment que je parte, elle a demandé simplement : c'était beau ? J'ai murmuré : Très. Et nos vies sont reparties sur la promesse de rien, peut-être, mais sur le bonheur de n'avoir pas gâché l'adieu. On savait qu'on se garderait intacts, à l'abri dans notre dernière seconde où on s'était compris, et c'était bon. J'ai embarqué dans le flou des larmes.

    Didier van Cauwelaert - Un aller simple

  • Il n'aurait fallu
    Qu'un moment de plus
    Pour que la mort vienne
    Mais une main nue
    Alors est venue
    Qui a pris la mienne

    Qui donc a rendu
    Leurs couleurs perdues
    Aux jours aux semaines
    Sa réalité
    A l'immense été
    Des choses humaines

    Un front qui s'appuie
    A moi dans la nuit
    Deux grands yeux ouverts
    Et tout m'a semblé
    Comme un champ de blé
    Dans cet univers

    Un tendre jardin
    Dans l'herbe où soudain
    La verveine pousse
    Et mon coeur défunt
    Renaît au parfum
    Qui fait l'ombre douce

    Louis Aragon

  • Il se souvint de ce coup de passion qui avait soufflé sur ses dix-huit ans, par un clair matin d'avril, de son grand amour de jeunesse qui l'avait surpris au détour du chemin.
    Il avait donc cru Lucienne (sa petite fille) d'une autre chair que sa chair ?
    La force supérieure et invisible qui dirige les destinées des hommes leur a donné à tous une âme pour se passionner et des bras pour étreindre, et la simple nature n'a pas pour les différents membres de l'humanité des lois différentes.
    Elle était à l'âge où l'on aime et son cœur de femme aimait comme la plante croît, comme la fleur parfume, comme le soleil éclaire.

    Georges Garnir - La Chairrière

  • Sur-vivre. Vivre au-dessus. Au-delà. Vivre malgré. Vivre quand même et encore, même quand l'heure qui vient a l'odeur de la mort. Quand la vie ne gracie que pour faire le bilan de ses pertes.

    Françoise Houdart - La danse de l'abeille

  • C'était la déesse-mère, archétype selon K.G. Jung, dans le giron chaleureux de laquelle tout être humain aspire à chercher refuge. L'instinct profond irait plus loin encore ; il y aurait en nous un obscur désir non formulé de remonter le temps, qui nous sépare de notre origine et de nous lover à l'intérieur même du ventre maternel où notre vie et notre rythme ne faisaient qu'un avec celui de notre génitrice.

    François Perin

  • Écris-moi quelque chose de joli, des vers ou de la prose, une poésie pour rendre ce tumulte plus supportable. Écris quelque chose de joli, des mots enveloppés de bleu et de rose, mets-y un peu d'espoir et de douceur, j'en ai besoin pour vivre …

    Tahar Ben Jalloun